Vivre dans la gratitude pour les Quatre Dettes

Un tel sentiment de gratitude est la reconnaissance de l’éternelle vérité qui est celle de l’humanité.

Nos parents, les êtres, notre nation et les Trois Trésors[1] forment ce qu’on appelle dans le bouddhisme les Quatre Dettes[2], Shi On[3].

En tant qu’êtres humains, nous naissons dans ce monde. Nous y grandissons, y faisons des études, y construisons une vie. Tout cela, nous le pouvons grâce aux Quatre Dettes.

En tant qu’humain, le fait d’exprimer de la gratitude pour ces dettes devrait aller de soi.

WABI034Un tel sentiment de gratitude n’est en aucune manière une quelconque pratique féodale, mais bien au contraire la reconnaissance de l’éternelle vérité qui est celle de l’humanité.

Kūkai défend le concept des Quatre Dettes en se référant au Shinji Kangyō[4], un Sūtra en 8 fascicules. Cette pensée de gratitude, il l’a mise en œuvre toute sa vie, avant d’entrer dans l’ultime méditation, l’état de Samādhi pour la protection éternelle de tous les êtres.

La gratitude pour les Quatre Dettes n’est-elle pas en soi la force directrice pour le rétablissement de nos sociétés ?

Taikō Yamasaki

[1] Le Bouddha, le Dhārma (l’enseignement du bouddhisme) et la communauté des moines ou Sangha (le maître).

[2] Au sens de « dette de reconnaissance ».

[3]四恩

[4] 心地観経 – qui enseigne la nécessité de renoncer aux mondanités pour se livrer à la contemplation de l’esprit pour accomplir la voie bouddhique

La formation des sceaux dans Ajikan

Dans le Mikkyō, la main droite représente l’univers du Bouddha et la gauche celui des êtres.

Dans la pratique de l’Union des Trois Secrets (Sanmitsu Yuga), les sceaux[1] correspondent au Secret du Corps. Hōkai Jōin est le sceau du Bouddha Cosmique Dainichi Nyorai en Taizōkai (le Plan de la Matrice).

Dainichi Nyorai est le fondement du grand Sūtra Dainichi-kyō. Il est de plus le texte source de Ajikan. On forme le sceau Hōkai Jōin  par superposition des deux mains tournées vers le haut, les pouces sur le point de se toucher (ce sceau est enseigné par transmission directe). On peut expliquer pourquoi la main droite est posée sur la gauche de plusieurs manières.Hokaijoin2

Observons tout d’abord qu’en Inde, dans la vie quotidienne, la main droite sert à saisir la nourriture pendant les repas et la gauche à se laver après être allé aux toilettes. De ce fait, on considère dans la culture indienne que la main droite est pure et la gauche impure.

Par ailleurs, dans le Mikkyō, la main droite représente l’univers du Bouddha et la gauche celui des êtres. La superposition des deux mains en Hōkai Jōin  symbolise l’unité des êtres et du Bouddha.

Les doigts aussi ont une signification précise dans le Mikkyō. Partant du pouce et allant vers l’auriculaire, ils symbolisent les éléments terre, eau, feu, vent et espace. En combinant différemment les dix doigts, on peut réaliser un grand nombre de sceaux.

En Hōkai Jōin, les pouces ne sont ni éloignés, ni en contact. Ils représentent ce qui est sans entrave, flexible, versatile, adaptable, désigné par le mot Yūzū Muge[2]. Cet aspect est celui de la matrice maternelle, paisible et rassurante et du joyau exauceur de vœux qui donne naissance à toute chose dans l’univers. Hōkai Jōin est le sceau de totale sérénité, un état que l’univers remplit de compassion. Il est le sceau qui convient le mieux à Ajikan.

Taikō Yamasaki

[1] Jap. In – 印

[2] 融通無碍

Résider chez le moine

LShukuboe séjour en temple à Kōyasan est incontournable et dit-on, garant d’influences fortes.

C’est à partir du IXe Siècle que le temple bouddhiste s’ouvre progressivement à l’hébergement temporaire des laïcs.

Pendant la période Edo (1603 ~ 1867), les sanctuaires et temples attirent une foule nombreuse, encourageant le développement d’un mode résidentiel « chez le moine », connu sous le nom de Shukubō[1].

L’essor du tourisme conduira un nombre croissant de temples à proposer des week-ends en Shukubō dans des sites mythiques tels que Kōyasan ou Shikoku, célèbre pour son pèlerinage des 88 temples.

Sur place, priorité au calme et à la discipline : nourriture végétarienne, lever tôt le matin, pratique du Shakyō[2] et de la méditation Ajikan, etc.

Pour toutes celles et ceux qui aspirent à se tremper dans l’atmosphère du Mikkyō, le séjour en temple à Kōyasan est incontournable et dit-on, garant d’influences fortes, une fois quitté le lieu de retraite.

Pour plus d’informations : http://eng.shukubo.net/index.html

Taishin

[1] 宿坊 Littéralement « loger chez le moine »

[2] 写経 Calligraphie du Hannya Shingyō (le Sūtra du Cœur de la Perfection de Sagesse Transcendantale)

Sanmitsu Yuga et la méditation Ajikan

Sanmitsu Yuga[5], l’Union des Trois Secrets, est la pratique qui permet de mettre en œuvre la doctrine du Mikkyō.

Le grand Sūtra Dainichi-kyō définit Satori comme le fait de connaître son propre esprit tel qu’il est vraiment (Nyojitsu Chijishin[1]). Mais qu’est-ce que ce « propre esprit » ? C’est Aji Honpushō[2], Honyū Jōjū[3]. Autrement dit, c’est la personnalité autonome reliée à la source de l’univers.

Ce propre esprit invisible à nos yeux, quelle est donc sa couleur ? Quelle forme a-t-il ? Quelle est sa taille ? Comment pouvons-nous le connaître ? La réponse se trouve sur le Honzon[4] de Ajikan.

Qu’est-ce que Aji, la lettre « A » ? Dans le Mikkyō de tradition Shingon, on vénère la lettre sanscrite « A » en tant que personnalité dotée d’une dimension universelle, en qualité de présence-existence qui possède toutes les vertus. « A » est la personnalité du grand univers, le Bouddha Cosmique Dainichi Nyorai. C’est une existence source vénérée communément par toutes les religions du monde. Dans le Mikkyō, cette existence source est soi-même.

Sanmitsu Yuga[5], l’Union des Trois Secrets, est la pratique qui permet de mettre en œuvre la doctrine du Mikkyō. On désigne la pratique de l’Union des Trois Secrets par « Méditation Shingon » ou encore « Méthode de méditation Shingon Mikkyō ». Cette pratique est hautement complexe. Elle ne peut être transmise qu’à des moines Shingon. La méditation Ajikan, une pratique qui condense de la manière la plus concise les enseignements de l’Union des Trois Secrets, est restée pendant très longtemps pratiquée par quelques maîtres seulement. Mais pendant la seconde moitié du XXe Siècle, Ajikan est sortie de son confinement monacal.

C’est une pratique extrêmement simple, mais en tant que représentation de Sanmai[6] elle contient l’essence des deux grands Sūtras, soit la compassion du Dainichi-kyō avec la fleur de lotus et la sagesse du Kongōchō-kyō à travers la lumière du disque lunaire. Dans le Mikkyō, la méditation Ajikan inclut les pratiques de Gachirinkan[7], Asokukan[8] et Kinhin[9].

[1] 如実知自心

[2] La lettre « A » à l’origine incréée, non née.

[3] 本有常住- Honyū signifie qu’à l’origine (Hon) notre vie existe () dans l’univers. Jōjū, c’est la continuité ( = toujours, continuellement) dans l’existence (= la demeure, la résidence). L’idée est que la vie et la mort se tiennent au sein d’une énergie vitale éternelle.

[4] Support de méditation constitué d’un rouleau peint sur lequel se trouvent les trois objets de Ajikan : disque lunaire, lotus et lettre sanscrite « A ».

[5] 三密瑜伽

[6] 三昧形 – État de profonde concentration dans la méditation, appelé aussi appelé « Absorption méditative ».

[7] Méditation sur le disque lunaire.

[8] Méditation sur la respiration « A ».

[9] Marche méditative

Le mystère des shingons

Le Mikkyō considère que le Bouddha réside dans les mots.

Uchu

Dans La Clé Secrète du Sūtra de la Sagesse de l’Esprit[1], Kūkai déclare :

Les shingons sont un mystère

Pour Kūkai, chaque caractère contient des milliers de vérités et les shingons (parole/mot de la vérité) contiennent une étrange énergie. Dans Signification du son, du mot et de la réalité, Kūkai écrit :

Les shingons délivrent des tourments et apportent le   soulagement.

C’est ainsi que Kūkai conçoit le célèbre pèlerinage de Shikoku et ses 88 temples comme un dōjō destiné à personnifier le Hannya Shingyō. On affirme que celui qui effectue ce pèlerinage voit un grand nombre de choses étranges se produire dans sa vie.

De fait, lorsque le pratiquant se donne entièrement à la lecture à haute voix du Hannya Shingyō, du Kannon-kyō, du Jūku Kannon-kyō[2], etc., il peut faire l’étrange expérience d’un apaisement de l’esprit.

Taishin

[1] Hannya Shingyō Hiken -般若心経秘鍵

[2] 十句観音経  – Le Sūtra Kannon de Longévité en Dix Proclamations

Hannya Shingyō

De tous les textes du bouddhisme du « Grand Véhicule », le Sūtra Hannya Shingyō (nom complet Hannya Haramitta Shingyō) est de loin le plus populaire et le plus récité.

L’on s’accorde généralement à donner à Hannya[1] le sens de sagesse. Haramitta, la perfection dans la pratique, c’est la voie du Bodhisattva. Shin, l’esprit, désigne ici le cœur en tant que centre ou essence. Kyō, prononcé Gyō[2], est la transcription japonaise de Sūtra (le canon). Hannya Haramitta Shingyō, c’est donc le « Sūtra du Cœur de Perfection de la Sagesse ».

Le raccourci « Sūtra du Cœur[3] », désormais ancré dans la littérature occidentale sur le bouddhisme, n’est pas neutre si l’on considère que lorsqu’il ne désigne pas l’organe, le mot cœur se réfère dans bien des cultures au siège des sentiments et de la morale. Dans notre approche du Hannya Shingyō ne perdons pas de vue que ce Sūtra nous enseigne « le cœur de quelque chose » (la Perfection de la Sagesse) et non pas un « quelque chose du cœur ».

Ce « quelque chose du cœur » dont le bouddhisme n’est pas dénué, c’est précisément la pratique du don[4] qui représente la première des Six Perfections[5] du « Grand Véhicule ». Nous reviendrons en détail prochainement sur les Six Perfections et le concept de Haramitta[6]. Observons à présent ce que nous enseigne le le « Sūtra du Cœur de Perfection de la Sagesse », en empruntant au maître Dōei ŌGURI[7]  cette belle synthèse :

Le Hannya Shingyō expose le chemin qui mène à l’éveil à travers l’immense sagesse de vérité du Bouddha. Ce Sūtra décrit très concrètement les mécanismes de notre monde relatif et comment il fonctionne dans la réalité. Le Hannya Shingyō nous enseigne comment accéder à la sagesse qui permet de dépasser l’insatisfaction (Duḥkha) qui fait obstacle au bonheur, à une vie chargée de valeur.

Ce petit Sūtra de 262 caractères met en scène Kanjizai, le Bodhisattva Kanzeon, aussi appelé Kannon. Ici, Kanjizai n’est autre le Bouddha Sakyamuni lors de la méditation qui le mènera à l’éveil.

Kanjizai donc, cherche à réaliser la sagesse de la vérité suprême. Il s’absorbe dans la méditation. Bientôt, il découvre que le corps, le mental, que tout en réalité est vide. La compréhension de cette vérité profonde va permettre au Bouddha de surmonter les tourments de l’existence.

L’éveillé se tourne alors avers Śāriputra, un de ses plus importants disciples dont la sagesse a acquis une grande Kannon2notoriété. Il lui dit :

Śāriputra, tout ce qui existe dans le monde phénoménal – les êtres, les choses – tout revient tôt ou tard au vide. La matière est indubitablement vide. Et dès lors que tout prend corps à partir du vide, le vide est lui-même matière. Oui en vérité, la matière est vide et le vide est matière. De même, les sensations, les émotions, la volonté et le jugement qui sont une production de l’esprit, tout est pareillement vide.

Śāriputra, si tout en ce monde est l’aspect du vide, alors rien ne vient au monde et rien ne disparaît. Rien n’est souillé, rien n’est pur. Rien n’émerge ni ne décline. Si donc au sein du vide le corps n’est pas, alors les sensations, les émotions, la volonté, le jugement qui sont des productions de l’esprit ne sont pas davantage.

Il n’est pas de vue, d’ouïe, d’odorat, de goût, de toucher, de conscience[8]. Il n’est pas non plus de couleurs, de sons, d’odeurs, de saveurs, de sensations tactiles, ni même de sentiments. Il n’est pas d’ignorance ni de tarissement de l’ignorance. Il n’est pas de vieillissement ni de mort et pas davantage de tarissement du vieillissement ni d’extinction de la mort.

Il n’est pas de Satori[9] hors de la connaissance de la vérité de l’insatisfaction[10] et de la compréhension de ses causes. Pas de Satori hors de la sagesse qui y conduit. Le Bodhisattva (celui qui aspire à l’éveil) met en œuvre la pratique de la Perfection de Sagesse[11]. Son esprit n’est donc pas envahi par le ressentiment. Libre de ressentiment, il est sans crainte. Pour celui qui renonce à toutes les vues erronées, aux chimères, il est possible de parvenir à la vérité de Satori. Les Bouddhas du passé, du présent et du futur, avaient tous foi en la vérité de Satori, la Perfection de Sagesse. C’est pourquoi ils ont acquis une incomparable sagesse d’éveil.

Voilà pourquoi la Perfection de Sagesse est en vérité exceptionnellement efficace, un suprême et incomparable Mantra qui nous libère de tous les tourments. Elle est la vérité authentique. A présent, voici exposé le Mantra de la Perfection de Sagesse :

Allons, allons[12] vers l’univers de Satori

Ensemble, tous ensemble, avançons[13] résolument vers l’univers de Satori

Tel est l’enseignement du Sūtra du Cœur de Perfection de la Sagesse .

Taishin

               

 

 

 

[1] 般若 – Prajñā en sanscrit

[2] En raison d’une altération phonologique (voisement d’enchaînement ou Rendaku)

[3] Devenu « Heart Sūtra » en anglais

[4] Danna (檀那) – Dāna en sanscrit

[5] Le don, le respect des préceptes, l’endurance, la persévérance, la méditation, la sagesse.

[6] Jap. Haramitsu (波羅蜜)

[7] ŌGURI Dōei, « Pocket Hannya Shingyō », Chūkei Editions, Tokyo, 2008.

[8] En japonais, on les désigne par le terme Rokkon (les Six Organes des Sens)

[9] L’éveil

[10] Les types d’insatisfaction sont : séparation avec des êtres aimés, rencontre des êtres qui nous inspirent de la rancœur, impossibilité d’obtenir l’objet désiré, faits contraires à ce que souhaitent le corps et l’esprit.

[11] Hannya Paramitta – 般若波羅蜜多

[12] Ici, « allons » a le sens de « agissons au quotidien ». Le mot « allons » est prononcé deux fois. La première fois, il désigne les actes réalisés par la parole. Il signifie donc « Ayons un langage soigné ». La seconde fois, « allons » désigne les actes effectués en esprit et signifie « Ayons un esprit soigné ».

[13] Ici, « agissons tels des Bodhisattvas », conformément aux Six Perfections.

Essor de la science et évolution de l’humanité

Si l’humanité parvient à évoluer en parallèle du progrès technologique, la science sera en elle-même le joyau qui exauce tous les vœux.

Sensei4

À la recherche du bonheur, fournissant de constants efforts pour y parvenir, l’humanité de ce XXIe Siècle est en possession de considérables technologies. Celles-ci investissent à grands sauts notre quotidien dans des domaines tels que les transports, l’information ou la médecine et nous incitent à rêver à un avenir rose, paradisiaque. Mais en moins d’un siècle, nous avons franchi un tournant important marqué par des questions telles que la destruction de l’environnement, l’instabilité économique participant à l’effondrement des relations humaines. La direction vers laquelle nous nous dirigeons s’est assombrie. Pourquoi donc ?

Bien sûr, les causes sont multiples, mais fondamentalement, on peut se demander si cela ne tient pas au fait que l’essor de la science et l’évolution de l’humanité ne se font pas de manière inappropriée. Les technologies scientifiques ont donné le jour à toutes sortes de choses pratiques. En tant que telle, la science n’est ni bonne ni mauvaise. Elle est selon une perspective bouddhiste Muki, indéterminée. C’est en dernier ressort l’humanité qui détermine si fruit de la science est bon ou mauvais.

Pour que la science soit bonne, il est nécessaire que l’évolution de l’homme se fasse à une vitesse adaptée à celle des technologies scientifiques. Si l’humanité parvient à évoluer en parallèle du progrès technologique, la science sera en elle-même le joyau qui exauce tous les vœux. S’il en est ainsi, comment l’humanité doit-elle évoluer au XXIe Siècle et au-delà ?

Aller au-delà de la morale

Il est vivement regrettable que les êtres sincères, n’agissant pas dans l’irrespect de la morale, se consacrant de tout leur être à leur entreprise ou à l’État, tendent à se faire rares. De telles personnalités sont idéales pour notre temps. Pourtant, le XXIe Siècle requiert désormais de l’homme qu’il soit en possession d’un nouvel élément.

Pour le développement de son propre pays ou de sa propre entreprise, il convient de simultanément travailler au perfectionnement du pays ou de l’entreprise d’autrui, c’est-à-dire autrement que dans rivalité, la loi du plus fort et pour seule ambition la victoire. À la poursuite du confort de l’humanité, le désir sans fin va en détruisant l’environnement. Tout cela est accompli pour tel individu, tel pays, telle entreprise. Ce faisant, le lien reliant tous les êtres à l’unique et vaste énergie vitale est rompu. Ce n’est pas une fatalité si nous nous employons à conserver et purifier la terre, ce corps vital unique.

Se placer dans une perspective cosmique

Les théories héliocentriques de Galilée et Copernic ont en leur temps suscité un énorme étonnement et la religion y réagit par l’exclusion. Malgré cela, la terre tourne autour du soleil. De nos jours, c’est une question de sens commun et une chose acquise. Mais n’est-ce pas parce que c’est une question de bon sens que parvenus au XXIe Siècle, l’avenir nous paraît opaque ? L’univers possède une étendue sans fin. Le cosmos, cet élément illimité n’est-il pas toujours potentiellement le centre que ce soit par rapport à la terre, au soleil ou à d’autres constellations ? Si l’on s’aventure dans le cosmos, hors de la sphère de gravitation terrestre, les notions figées telles que les quatre points cardinaux, le haut et le bas, la pesanteur, la journée de vingt-quatre heures, etc. perdent leur signification. On peut alors bénéficier d’une perspective vaste et plurielle.

Taikō YAMASAKI

Ecoutons le message de l’univers

Sakyamuni en meditation

Sakyamuni ne s’éveilla pas en écoutant des sermons ou en lisant des textes sacrés. Il s’assit sous l’arbre d’éveil et s’absorba dans la méditation.

Sakyamuni, le Bouddha historique fut comme nous, exposé aux tourments de l’existence. Il ne s’éveilla pas en écoutant des sermons ou en lisant des textes sacrés. Il commença par renoncer aux connaissances (théoriques, religieuses) et aux pratiques qu’il avait accumulées. Faisant le vide, il s’assit sous l’arbre d’éveil et s’absorba dans la méditation.

Plongé dans un Sanmai clair, il entendit de tout son être le message de l’univers, la prédication du bouddha cosmique Dainichi Nyorai et réalisa l’éveil, Satori. Il est dit que l’étoile du matin brilla alors de manière exceptionnelle.

Sakyamuni, l’homme éveillé, enseigna une réalité sans préjugé, directe, selon laquelle toute chose est transitoire, rien n’échappe à la mutabilité. Il passa le reste de sa vie à voyager pour enseigner la loi (l’enseignement du Dharma).

En tant que vérité universelle, les paroles du Dharma devinrent ultérieurement des Sūtras. Ces textes furent analysés en détail ce qui donna progressivement naissance à un grand nombre de textes sacrés. Mais face à l’impossibilité de décrire l’état de Satori , on en arriva à recourir à des expressions dénégatrices telles que Muga (sans soi), Mujishō (sans caractère propre), (vide). Il n’existe donc pas d’expression satisfaisante pour qualifier Satori.

Le Bouddha que décrit le grand Sūtra Dainichi-kyō n’est pas Sakyamuni, mais Dainichi Nyorai. Il ne s’agit donc pas d’un texte issu des sermons de Sakyamuni, mais bien d’un Sūtra qui exprime clairement Satori, tel que Sakyamuni le vécut. A l’origine, l’univers en tant que tel est le Dainichi-ky,ō mais pour les besoins de la transmission aux hommes, on est parvenu au prix de plus de mille ans de travail, à mettre ces textes sacrés en langues, en images. Pour autant, l’interprétation reste impossible avec le Dainichi-kyō si l’on s’en tient au texte.

Dans sa jeunesse, Kōbō Daishi Kūkai réalisa l’ascèse du Bodhisattva Kokūzō, Gumonjihō. Cette ascèse consiste tout d’abord à réciter un million de fois pendant cinquante jours le shingon du Bodhisattva Kokūzō qui est l’incarnation de Venus, étoile du matin. Par cette ascèse, Kūkai s’unit à l’espace et entendit de tout son être le message de l’univers. Cette expérience est sans aucun doute le point de départ du bouddhisme, l’expérience même que fit le Bouddha Sakyamuni, assis en méditation sous l’arbre d’éveil.

Kūkai prit alors la décision de dédier sa vie à la voie du bouddhisme. Mais la lecture des Sūtras du bouddhisme exotérique où abondent les expressions dénégatrices, lui sembla éloignée de l’expérience vécue dans l’ascèse de Gumonjihō. Finalement, grâce au vœu formé au Bouddha Birushana (Dainichi Nyorai) du temple Tōdaiji, il fit la découverte du Sūtra Dainichi-kyō dans la pagode est du temple Kumedera. Dans ce Sūtra est dépeint un monde infiniment complexe dont il ne put percer le mystère. Il décida de se rendre en Chine où le bouddhisme était alors florissant.

Sous l’autorité du maître Keika, septième patriarche du Mikkyō, Kūkai reçut tous les enseignements des grands Sūtras Dainichi-kyō et du Kongōchō-kyō, avant de rentrer au Japon après la mort du maître, en tant que huitième patriarche du Mikkyō. Sur trois mille disciples, Kūkai et le moine chinois Gimyō furent les seuls à recevoir de Keika tous les enseignements du Mikkyō. Par leur volume, leur structure, la profondeur de leur philosophie, par leur grande complexité de mise en pratique de la méditation sur l’Union des Trois Secrets (Sanmitsu Yūga), il n’est guère aisé d’étudier ces deux grands Sūtras, même au prix d’une vie d’efforts.

En tant que personnalité cosmique, Dainichi Nyorai possède deux caractères relatifs. Dans le Dainichi chi-kyō, le Bouddha  grand solaire du Plan de la Matrice (Taizō Dainichi) est l’élément maternel, la compassion, le statique, le centripète, le parasympathique, l’universel. Dans le Kongōchō-kyō, le Bouddha grand solaire du Plan du Diamant (Kongō Dainichi) est l’élément paternel, la sagesse, l’expansion, le centrifuge, le sympathique, l’individuel. Ces deux éléments en apparence antagonistes s’harmonisent dans Dainichi Nyorai (Nini Funi – deux, cependant non duel).

Sur le Honzon utilisé pour la méditation Ajikan, la lettre « A » représente l’origine incréée/non née de Dainichi Nyorai. Le lotus est Taizō Dainichi et le disque lunaire Kongō Dainichi. Ces trois éléments (lettre A, lotus et disque lunaire) agrègent de la manière la plus simple les enseignements des deux grands Sūtras du Mikkyō. Je souhaite que grâce à la pratique de Ajikan, vous puissiez aller à la rencontre de l’univers et de tout votre être, écouter son message. C’est là, n’en doutez pas, le point de départ du bouddhisme.

Taikō YAMASAKI

Nyojitsu Chijishin

自心如実知

Connaître son propre esprit tel qu’il est vraiment

Dans le grand Sūtra Dainichi-kyō, Satori (l’éveil), c’est réaliser Nyojitsu Chijishin  (如実知自身心) : pénétrer au cœur de son esprit et le connaître tel qu’il est vraiment. Taikō YAMASAKI traduit cela par « Knowing one’s own mind as it truly is » (connaître son propre esprit tel qu’il est vraiment). À propos de ce « propre esprit », Taikō YAMASAKI déclare :

C’est notre personnalité active, reliée à la source de l’univers. Ce « propre esprit » invisible à nos yeux, quelle est donc sa couleur, quelle est sa forme, sa taille ? Comment peut-on la connaître ? La réponse se trouve sur le Honzon de Ajikan.

Pour aller à la rencontre de notre esprit véritable, il importe avant tout, selon Dōei ŌGURI (大栗道榮), un autre Maître du Mikkyō, d’abandonner le soi. Et ceci n’est possible que par le développement d’une foi, de la croyance en son esprit. Pour cela, le pratiquant doit s’établir dans cette pensée :

Mon propre esprit est pur. Il ne vacille ni ne paresse jamais. Il éprouve toujours de la joie. Il est capable d’actions remarquables. Il respecte et vénère les divinités. Il ne s’oppose pas à la raison (l’ordre des choses) et ne la perd jamais de vue. Mon esprit n’est jamais envieux. Il est toujours aimant.

Une telle foi en son esprit est synonyme de dévotion. Pour Dōei ŌGURI, c’est cela connaître son propre esprit tel qu’il est vraiment. Pour celui qui est habité par un tel sentiment, quoi qu’il fasse, tout est en réalité activité du Bouddha.

Taishin