Résider chez le moine

LShukuboe séjour en temple à Kōyasan est incontournable et dit-on, garant d’influences fortes.

C’est à partir du IXe Siècle que le temple bouddhiste s’ouvre progressivement à l’hébergement temporaire des laïcs.

Pendant la période Edo (1603 ~ 1867), les sanctuaires et temples attirent une foule nombreuse, encourageant le développement d’un mode résidentiel « chez le moine », connu sous le nom de Shukubō[1].

L’essor du tourisme conduira un nombre croissant de temples à proposer des week-ends en Shukubō dans des sites mythiques tels que Kōyasan ou Shikoku, célèbre pour son pèlerinage des 88 temples.

Sur place, priorité au calme et à la discipline : nourriture végétarienne, lever tôt le matin, pratique du Shakyō[2] et de la méditation Ajikan, etc.

Pour toutes celles et ceux qui aspirent à se tremper dans l’atmosphère du Mikkyō, le séjour en temple à Kōyasan est incontournable et dit-on, garant d’influences fortes, une fois quitté le lieu de retraite.

Pour plus d’informations : http://eng.shukubo.net/index.html

Taishin

[1] 宿坊 Littéralement « loger chez le moine »

[2] 写経 Calligraphie du Hannya Shingyō (le Sūtra du Cœur de la Perfection de Sagesse Transcendantale)

Le mystère des shingons

Le Mikkyō considère que le Bouddha réside dans les mots.

Uchu

Dans La Clé Secrète du Sūtra de la Sagesse de l’Esprit[1], Kūkai déclare :

Les shingons sont un mystère

Pour Kūkai, chaque caractère contient des milliers de vérités et les shingons (parole/mot de la vérité) contiennent une étrange énergie. Dans Signification du son, du mot et de la réalité, Kūkai écrit :

Les shingons délivrent des tourments et apportent le   soulagement.

C’est ainsi que Kūkai conçoit le célèbre pèlerinage de Shikoku et ses 88 temples comme un dōjō destiné à personnifier le Hannya Shingyō. On affirme que celui qui effectue ce pèlerinage voit un grand nombre de choses étranges se produire dans sa vie.

De fait, lorsque le pratiquant se donne entièrement à la lecture à haute voix du Hannya Shingyō, du Kannon-kyō, du Jūku Kannon-kyō[2], etc., il peut faire l’étrange expérience d’un apaisement de l’esprit.

Taishin

[1] Hannya Shingyō Hiken -般若心経秘鍵

[2] 十句観音経  – Le Sūtra Kannon de Longévité en Dix Proclamations

Hannya Shingyō

De tous les textes du bouddhisme du « Grand Véhicule », le Sūtra Hannya Shingyō (nom complet Hannya Haramitta Shingyō) est de loin le plus populaire et le plus récité.

L’on s’accorde généralement à donner à Hannya[1] le sens de sagesse. Haramitta, la perfection dans la pratique, c’est la voie du Bodhisattva. Shin, l’esprit, désigne ici le cœur en tant que centre ou essence. Kyō, prononcé Gyō[2], est la transcription japonaise de Sūtra (le canon). Hannya Haramitta Shingyō, c’est donc le « Sūtra du Cœur de Perfection de la Sagesse ».

Le raccourci « Sūtra du Cœur[3] », désormais ancré dans la littérature occidentale sur le bouddhisme, n’est pas neutre si l’on considère que lorsqu’il ne désigne pas l’organe, le mot cœur se réfère dans bien des cultures au siège des sentiments et de la morale. Dans notre approche du Hannya Shingyō ne perdons pas de vue que ce Sūtra nous enseigne « le cœur de quelque chose » (la Perfection de la Sagesse) et non pas un « quelque chose du cœur ».

Ce « quelque chose du cœur » dont le bouddhisme n’est pas dénué, c’est précisément la pratique du don[4] qui représente la première des Six Perfections[5] du « Grand Véhicule ». Nous reviendrons en détail prochainement sur les Six Perfections et le concept de Haramitta[6]. Observons à présent ce que nous enseigne le le « Sūtra du Cœur de Perfection de la Sagesse », en empruntant au maître Dōei ŌGURI[7]  cette belle synthèse :

Le Hannya Shingyō expose le chemin qui mène à l’éveil à travers l’immense sagesse de vérité du Bouddha. Ce Sūtra décrit très concrètement les mécanismes de notre monde relatif et comment il fonctionne dans la réalité. Le Hannya Shingyō nous enseigne comment accéder à la sagesse qui permet de dépasser l’insatisfaction (Duḥkha) qui fait obstacle au bonheur, à une vie chargée de valeur.

Ce petit Sūtra de 262 caractères met en scène Kanjizai, le Bodhisattva Kanzeon, aussi appelé Kannon. Ici, Kanjizai n’est autre le Bouddha Sakyamuni lors de la méditation qui le mènera à l’éveil.

Kanjizai donc, cherche à réaliser la sagesse de la vérité suprême. Il s’absorbe dans la méditation. Bientôt, il découvre que le corps, le mental, que tout en réalité est vide. La compréhension de cette vérité profonde va permettre au Bouddha de surmonter les tourments de l’existence.

L’éveillé se tourne alors avers Śāriputra, un de ses plus importants disciples dont la sagesse a acquis une grande Kannon2notoriété. Il lui dit :

Śāriputra, tout ce qui existe dans le monde phénoménal – les êtres, les choses – tout revient tôt ou tard au vide. La matière est indubitablement vide. Et dès lors que tout prend corps à partir du vide, le vide est lui-même matière. Oui en vérité, la matière est vide et le vide est matière. De même, les sensations, les émotions, la volonté et le jugement qui sont une production de l’esprit, tout est pareillement vide.

Śāriputra, si tout en ce monde est l’aspect du vide, alors rien ne vient au monde et rien ne disparaît. Rien n’est souillé, rien n’est pur. Rien n’émerge ni ne décline. Si donc au sein du vide le corps n’est pas, alors les sensations, les émotions, la volonté, le jugement qui sont des productions de l’esprit ne sont pas davantage.

Il n’est pas de vue, d’ouïe, d’odorat, de goût, de toucher, de conscience[8]. Il n’est pas non plus de couleurs, de sons, d’odeurs, de saveurs, de sensations tactiles, ni même de sentiments. Il n’est pas d’ignorance ni de tarissement de l’ignorance. Il n’est pas de vieillissement ni de mort et pas davantage de tarissement du vieillissement ni d’extinction de la mort.

Il n’est pas de Satori[9] hors de la connaissance de la vérité de l’insatisfaction[10] et de la compréhension de ses causes. Pas de Satori hors de la sagesse qui y conduit. Le Bodhisattva (celui qui aspire à l’éveil) met en œuvre la pratique de la Perfection de Sagesse[11]. Son esprit n’est donc pas envahi par le ressentiment. Libre de ressentiment, il est sans crainte. Pour celui qui renonce à toutes les vues erronées, aux chimères, il est possible de parvenir à la vérité de Satori. Les Bouddhas du passé, du présent et du futur, avaient tous foi en la vérité de Satori, la Perfection de Sagesse. C’est pourquoi ils ont acquis une incomparable sagesse d’éveil.

Voilà pourquoi la Perfection de Sagesse est en vérité exceptionnellement efficace, un suprême et incomparable Mantra qui nous libère de tous les tourments. Elle est la vérité authentique. A présent, voici exposé le Mantra de la Perfection de Sagesse :

Allons, allons[12] vers l’univers de Satori

Ensemble, tous ensemble, avançons[13] résolument vers l’univers de Satori

Tel est l’enseignement du Sūtra du Cœur de Perfection de la Sagesse .

Taishin

               

 

 

 

[1] 般若 – Prajñā en sanscrit

[2] En raison d’une altération phonologique (voisement d’enchaînement ou Rendaku)

[3] Devenu « Heart Sūtra » en anglais

[4] Danna (檀那) – Dāna en sanscrit

[5] Le don, le respect des préceptes, l’endurance, la persévérance, la méditation, la sagesse.

[6] Jap. Haramitsu (波羅蜜)

[7] ŌGURI Dōei, « Pocket Hannya Shingyō », Chūkei Editions, Tokyo, 2008.

[8] En japonais, on les désigne par le terme Rokkon (les Six Organes des Sens)

[9] L’éveil

[10] Les types d’insatisfaction sont : séparation avec des êtres aimés, rencontre des êtres qui nous inspirent de la rancœur, impossibilité d’obtenir l’objet désiré, faits contraires à ce que souhaitent le corps et l’esprit.

[11] Hannya Paramitta – 般若波羅蜜多

[12] Ici, « allons » a le sens de « agissons au quotidien ». Le mot « allons » est prononcé deux fois. La première fois, il désigne les actes réalisés par la parole. Il signifie donc « Ayons un langage soigné ». La seconde fois, « allons » désigne les actes effectués en esprit et signifie « Ayons un esprit soigné ».

[13] Ici, « agissons tels des Bodhisattvas », conformément aux Six Perfections.

Nyojitsu Chijishin

自心如実知

Connaître son propre esprit tel qu’il est vraiment

Dans le grand Sūtra Dainichi-kyō, Satori (l’éveil), c’est réaliser Nyojitsu Chijishin  (如実知自身心) : pénétrer au cœur de son esprit et le connaître tel qu’il est vraiment. Taikō YAMASAKI traduit cela par « Knowing one’s own mind as it truly is » (connaître son propre esprit tel qu’il est vraiment). À propos de ce « propre esprit », Taikō YAMASAKI déclare :

C’est notre personnalité active, reliée à la source de l’univers. Ce « propre esprit » invisible à nos yeux, quelle est donc sa couleur, quelle est sa forme, sa taille ? Comment peut-on la connaître ? La réponse se trouve sur le Honzon de Ajikan.

Pour aller à la rencontre de notre esprit véritable, il importe avant tout, selon Dōei ŌGURI (大栗道榮), un autre Maître du Mikkyō, d’abandonner le soi. Et ceci n’est possible que par le développement d’une foi, de la croyance en son esprit. Pour cela, le pratiquant doit s’établir dans cette pensée :

Mon propre esprit est pur. Il ne vacille ni ne paresse jamais. Il éprouve toujours de la joie. Il est capable d’actions remarquables. Il respecte et vénère les divinités. Il ne s’oppose pas à la raison (l’ordre des choses) et ne la perd jamais de vue. Mon esprit n’est jamais envieux. Il est toujours aimant.

Une telle foi en son esprit est synonyme de dévotion. Pour Dōei ŌGURI, c’est cela connaître son propre esprit tel qu’il est vraiment. Pour celui qui est habité par un tel sentiment, quoi qu’il fasse, tout est en réalité activité du Bouddha.

Taishin

 

Petite histoire du Mikkyō

StupaDe l’Inde au Japon via la Chine

Alors que pour la quasi-totalité des écoles qui le composent, le bouddhisme a pour point de départ historique l’homme Sakyamuni, celui qui devint l’Éveillé, le Mikkyō de tradition Shingon considère que l’éveil réalisé par Sakyamuni lui est antérieur. Cet éveil atemporel a pour prédicateur Dainichi Nyorai (Vairocana), le Bouddha cosmique par qui transmet la doctrine à Vajrasattva (jap. Kongōsatta) et à travers lui aux patriarches du Shingon : Nāgārjuna, Nāgabodhi, Vajrabodhi, Amoghavajra, Huiko et Kōbōdaishi Kūkai. Si le Mikkyō est bouddhisme puisqu’il en inclut tous les enseignements, en un certain sens, le bouddhisme n’est pas le Mikkyō.

Historiquement, le Mikkyō prend corps au VIIe Siècle de l’ère chrétienne. Fruit d’un très long et abouti processus d’élaboration, il témoigne à travers ses pratiques (comme le rituel du feu ou Homa[1] hérité du Brahmanisme) et concepts des influences reçues au contact des plus anciens courants religieux d’Asie (la philosophe et sanscriste Lilian SILBURN[2] évoque des liens avec l’école shivaïte cachemirienne du Spanda, dite « De la vibration »).

Au fil du temps, le Mikkyō en vient à se décliner sous deux aspects fondamentaux. Il se présente d’un côté comme un Mikkyō « populaire » (on parle alors de Mikkyō « Mélangé »), mettant l’accent à travers ses pratiques sur la recherche de bienfaits en ce monde : santé, prospérité. Il intègre les rituels et Sūtras de diverses origines. D’un autre côté, le Mikkyō s’affirme comme courant bouddhiste intégré à la mouvance du « Grand Véhicule » avec lequel il partage l’idéal du Bodhisattva. Mais à la différence du Mikkyō dit « Mélangé », ce Mikkyō dit « Pur » s’appuie sur une solide doctrine, ancrée dans les deux grands Sūtras fondamentaux que sont le Dainichi-kyō et le Kongōchō-kyō.

De l’Inde, le Mikkyō est transmis à Sri Lanka, puis à l’actuelle Indonésie (Java et Sumatra) où il ne résistera pas à l’expansion de l’hindouisme et de l’islam. Dans la Chine des T’ang, déjà séduite par le Taoïsme et ses croyances magico-religieuses, le Mikkyō reçoit un accueil enthousiaste. C’est là que les premières traductions de Sūtras du Mikkyō sont effectuées en chinois à partir du sanscrit.

Subhakarasimha, moine indien, ancien monarque, introduit en Chine le Sūtra Dainichi-kyō du Mikkyō « Pur », dont il assure la traduction en chinois au début du VIIIe  Siècle. C’est par ailleurs au moine L’hsing, que nous devons la compilation des vingt volumes constituant les commentaires du Dainichi-kyō et à Vajrabodhi la traduction du second grand Sūtra, le Kongōchō-kyō.

Dans sa version  exhaustive, le Dainichi-kyō représente cent mille versets en trois cents volumes et dans sa version abrégée, trois mille versets rédigés en sept volumes. Dainichi, traduction japonaise de Mahāvairocana. Vairocana (Soleil en sanscrit), est un soleil qui écarte les ténèbres, répandant partout dans l’univers la clarté qui n’est autre que la sagesse et la compassion infinies du Bouddha.

Le Dainichi-kyō expose dans le détail et selon un véritable système la doctrine qui conduit à l’éveil ainsi que les moyens pratiques tels que les Mandaras, les onctions et rituels. L’essence de ce Sūtra est résumée dans l’affirmation « La vérité est connaître son esprit tel qu’il est vraiment ». La sagesse de toutes les sagesses ne peut donc être recherchée qu’à l’intérieur de son propre esprit. Le Dainichi-kyō affirme en effet que le Bouddha et le non éclairé sont indifférenciés. Tous les êtres ont en eux le pur esprit de Boddhi (Jô Bodai Shin), leur nature originelle.

Second Sūtra fondamental du Mikkyō « Pur », le Kongōchō-kyō est tout à la fois une composante et le complément du Dainichi-kyō. L’un et l’autre traduisent sous deux aspects une même réalité. Kongō signifie diamant en japonais. Le diamant est ici symbole de l’indestructible. Il symbolise le pouvoir et les vertus du Bouddha Grand solaire. Chō signifie « pic » ou « sommet » ou encore couronne. Ici, le sommet a trait à la sagesse infinie de Dainichi Nyorai.

Le thème central du Kongōchō-kyō est contenu dans l’affirmation Bonnō Soku Bodai (Les passions, cela même est éveil). Dans la perspective du Mikkyō, les désirs sont la pâte à pétrir, la précieuse matière première vers l’éveil, le bois par lequel le feu peut être produit.

En effet, l’adepte du Mikkyō ne s’attache pas à déraciner, à éradiquer les passions. Il en fait au contraire l’objet même de sa pratique, un véritable expédient. Lorsqu’il est confronté à un souci, il l’aborde de manière frontale et s’efforce de déceler sa véritable nature. Une nouvelle perspective s’offre alors à l’intérieur du processus d’éveil. Pour le pratiquant du Mikkyō de tradition Shingon, détourner les yeux des soucis et problèmes de l’existence est par conséquent le plus sûr moyen de ne pas progresser vers l’éveil.

Taishin

[1] Goma en japonais

[2] SILBURN (Lilian), Etudes sur le Sivaïsme du Cachemire Ecole Spanda : Śivasūtra et Vimarśinī de Kşemarāja, Paris, Institut de Civilisation Indienne, 2000, pp. 3 et 4.

Jūjūshinron: le traité sur les Dix Résidences de l’Esprit

Temple&Escalier

Dix étapes vers Satori

A travers la théorie des Dix Résidences de l’Esprit, Kūkai entend clarifier les spécificités du Mikkyō.

Jūjūshinron apparaît au premier chapitre du Dainichi-kyō, un Sūtra qui exercera sur Kūkai une influence considérable.

Dans le Dainichi-kyō, le chapitre consacré aux résidences (ou niveaux/seuils/stades) de l’esprit, décrit le processus par lequel l’esprit d’éveil s’affirme dans l’homme égaré, pour finir par le faire pénétrer dans la foi en le Mikkyō.

Avec Jūjūshinron, Kūkai  transpose la pensée du Dainichi-kyō dans le contexte de la période Heian (794 ~ 1185) et de ses préoccupations.

Si le mot Jūjūshinron signifie « dix résidences », le nombre 10 n’est pas limitatif dans la pensée de Kūkai. Parcourons à présent chacune de ces dix résidences afin d’en cerner le sens.

La description qui suit est tirée de l’ouvrage de KATSUMATA Shungyō : Mikkyō Nyūmon (Introduction au Mikkyō), Editions Shunjusha, 1990.

Il importe avant tout de comprendre la structure implicite des Dix Résidences de l’Esprit.

Du 4e au 10e niveau sont décrits de manière bouddhique les différents aspects de la foi, partant du plus superficiel jusqu’au plus profond.

Les stades 4 et 5 correspondent aux conditions de l’esprit de l’ascète qui étudie et met en pratique le bouddhisme primitif (entre 100 et 300 ans après le Bouddha historique).

Les niveaux 6 à 9 concernent respectivement aux écoles Hossō, Sanron, Tendai et Kegon. Dans la perspective du Mikkyō, ils correspondent également au Sanmai (Samadhi) des Boddhisattvas Miroku, Monju, Kanzeon et Fugen.

  1. Ishōteiyō Jūshin : l’expression Isei Teiyō apparaît dans le Dainichi-kyō. Dans le bouddhisme, le mot Ishō désigne les êtres ordinaires. Il a le sens de « Êtres égarés ». Teiyō signifie « homme bélier » (ou homme mouton). Selon cette approche, l’homme dominé par l’esprit de bélier vit tel un animal, sous l’emprise de ses désirs, accumulant les tracas. Il n’a ni conscience religieuse ni conscience morale.
  1. Gudōjisai Jūshin : Gudō est un terme qui se réfère à une personne semblable à un enfant, un individu sans sagesse. Jisai est un terme bouddhique qui a pour arrière-plan la pratique chez les dévots indiens de la diète six jours par mois en guise d’offrande aux démunis. Jisai a donc le sens d’aumône, de charité. Kūkai veut ici désigner l’individu qui s’est moralement éveillé, qui manifeste de la piété. En termes bouddhiques, cette personne respecte les préceptes de bien. On insiste ici sur le fait que nul n’est condamné à y résider dans l’esprit du niveau 1, l’esprit de bélier dominé par les désirs. Chacun peut parvenir au niveau 2.
  1. Yōdōmui Jūshin: le nouveau-né ou l’enfant de moins de trois ans, c’est Yōdō. Mui est l’étant sans crainte, la paix, la tranquillité. Dans les religions diverses de l’Inde, les gens s’appliquent à la pratique et, portés par la croyance, parviennent à la paix, un peu comme le fait un petit enfant pour se rassurer en étant bercé par sa mère.
  1. Yuiunmu Jūshin: dans la perspective du bouddhisme, l’homme est un agrégat formé de facteurs (Skandhas) : matière, sensations, perception, formations mentales, conscience. Ici est contestée l’idée d’un soi fixe. C’est pourquoi on affirme que l’homme est Muga, sans soi. A ce stade qui correspond dans l’histoire du bouddhisme au bouddhisme primitif dit du « petit véhicule », c’est-à-dire le véhicule des auditeurs (Srāvaka). Ici, le pratiquant réalise l’absence du soi. Ce qu’on entend par « auditeurs », c’est le fait d’écouter les enseignements du Bouddha historique et à travers la pratique, de s’attaquer sans faille aux passions. Ici, nul espoir de parvenir à l’état de Bouddha. L’objectif est de s’en approcher à travers le niveau qui le précède, celui de Arhat.
  1. Batsugōinju Jūshin: c’est le seuil des êtres éveillés par eux-mêmes (Pratyeka-Bouddha). Dans cet état, le pratiquant observe la coproduction conditionnée. Les germes de l’ignorance et du Karma (les causes) sont extraits, la souffrance diminue et l’on obtient la preuve de la paix dans le Nirvāna.
  1. Taendaijō Jūshin: ce stade est celui de la compassion équanime, celui où l’on se consacre à la pratique du bien-être de tous. C’est là un point de convergence avec le bouddhisme dit du « grand véhicule » ou bouddhisme tardif. Ce stade correspond à la pensée de l’école Hossō (la pure conscience), celle des personnes qui se tournent vers Satori.
  1. Kakushinfushō Jūshin: ici est affirmée la nature incréée et indestructible de l’esprit. Y sont enseignés des concepts tels que « la forme est vide, le vide est forme ». Ce niveau correspond aux personnes qui pratiquent au sein de l’école Sanron (école des trois traités).
  1. Idōmui Jūshin: c’est le stade où l’on réalise que l’esprit est pur par nature, que tous les êtres sont dotés de la nature de Bouddha. Il correspond aux personnes qui pratiquent au sein de l’école Tendai (école du Mont Tiantai ou estrade céleste).
  1. Gokumujishō Jūshin: à ce stade, le pratiquant parvient à l’état ultime du bouddhisme exotérique. Il réalise que tous les dharmas (les phénomènes) sont sans nature propre. Ce niveau concerne les personnes engagées dans la pratique de l’école Kegon (école de la guirlande de fleurs).
  1. Himitsushōgon Jūshin: c’est le stade où à travers la pratique des Trois Secrets du corps, de la parole et de l’esprit, le pratiquant parvient l’esprit d’ultime majesté, la preuve en soi-même du Bouddha (Satori). En d’autres termes, c’est l’état où ayant pris conscience en profondeur de son propre esprit, on s’éveille du monde chimérique et connaît la vérité. C’est par l’étude et la pratique du Mikkyō que l’on parvient à cette réalisation.

Taishin