Un peu d'histoire ...

 

Le Mikkyō (le bouddhisme ésotérique japonais) prend corps au VIIe Siècle de l’ère chrétienne. Fruit d’un long et abouti processus d’élaboration, le Mikkyō témoigne à travers sa doctrine et ses pratiques des influences reçues au contact des plus anciens courants religieux d’Asie.

 

Au fil du temps, le Mikkyō en vient à se décliner sous deux aspects fondamentaux : d'un côté un Mikkyō « populaire » (on parle alors de « Mikkyō  mélangé ») qui met l’accent sur la recherche de bienfaits en ce monde (santé, prospérité, sécurité, etc.) et qui intègre rituels et Sūtras de diverses origines ; d’un autre côté, un Mikkyō intégré à la mouvance du bouddhisme dit du « Grand Véhicule » qui s’appuie sur une solide doctrine, ancrée dans les deux grands Sūtras fondamentaux que sont le Dainichi-kyō (Dainichi = grand solaire) et le Kongōchō-kyō (Kongō = diamant. Chō = sommet). 

 

De l’Inde, le Mikkyō est transmis à Sri Lanka, puis à l’actuelle Indonésie où il s'efface devant l’expansion de l’hindouisme et de l’islam. Dans la Chine taoïste des T’ang séduite par les croyances magico-religieuses, le Mikkyō reçoit un accueil enthousiaste. C’est là que les premières traductions des Sūtras du Mikkyō sont effectuées en chinois, à partir du sanskrit.

 

Au début du VIIIe Siècle, le moine indien Subhakarasimha introduit en Chine le Sūtra Dainichi-kyō du « Mikkyō pur », dont il assure la traduction en chinois. Une autre moine, L’hsing, compile les vingt volumes constituant les commentaires du Dainichi-kyō. Vajrabodhi enfin réalise la traduction du Kongōchō-kyō.

 

Le Dainichi-kyō expose dans le détail et selon un véritable système, la doctrine qui conduit à l’éveil ainsi que les moyens pratiques tels que les Mandalas, les onctions et les rituels. L’essence de ce Sūtra est résumée dans l’affirmation Nyō Jitsu Chi Jishin : « La vérité, c'est connaître son esprit tel qu’il est vraiment ». La sagesse de toutes les sagesses ne peut donc être recherchée qu’à l’intérieur de son propre esprit. Le Kongōchō-kyō est tout à la fois une composante et le complément du Dainichi-kyō. Le thème central du Kongōchō-kyō est contenu dans l’expression Bonnō Soku Bodai : « Les passions, cela même est la graine de bouddhéité ».

 

Dans la perspective du Mikkyō, les désirs sont la pâte à pétrir, la précieuse matière première vers l’éveil, le bois par lequel le feu de l'éveil peut être allumé. L’un et l’autre traduisent sous deux aspects distincts une même réalité. Le diamant Kongō est ici symbole de l’indestructible, des pouvoirs et vertus du Bouddha Grand solaire. Si Chō signifie « pic » ou « sommet » c'est au regard de la sagesse infinie de Dainichi Nyorai.

 

L’adepte du Mikkyō ne s’attache pas à déraciner les passions, à les éradiquer. Il en fait au contraire l’objet même de sa pratique. Confronté à un souci, il l’aborde de manière frontale et s’efforce de déceler sa véritable nature. Une nouvelle perspective s’offre alors à l’intérieur du processus d’éveil.

 

Pour le pratiquant du Mikkyō de tradition Shingon, détourner les yeux des soucis et problèmes de l’existence est par conséquent le plus sûr moyen de ne pas progresser vers l’éveil. Selon cette perspective, tous les moments, toutes les situations sont dans la pratique, dès lors qu'ils sont la vie.

Notions essentielles

阿字本不生 Aji Honpushō : originellement incréé

 

Dans la perspective du Mikkyō, l’univers n’est pas un espace vide. Il est le précieux joyau qui donne naissance à toute la création. On désigne cela avec le mot Kokūzō (du nom du Bodhisattva qui symbolise l’univers).

 

L’univers, tout comme notre propre vie, est produit à partir de « A » Dainichi Nyorai sans commencement ni fin, sujet et objet indifférenciés, originellement sans naissance, Honnu Jōjū (本有常住 – depuis la nuit des temps, à présent et pour toujours, nous sommes nantis).

 

Récemment, l’astrophysique a fait la découverte des théories de la matière noire, de l’expansion de l’univers, du Big Bang. Depuis le VIIe Siècle de l’ère chrétienne, le grand Sūtra Dainichi-kyō se réfère à l’omniprésence universelle et aux trois mondes constants (passé, présent, futur), témoignant ainsi de sa considérable profondeur.

如実知自心 Nyojitsu Chijishin : connaître son propre esprit tel qu'il est en vérité

Selon le Dainichi-kyō, la réponse à la question : « Qu’est-ce que l’éveil suprême ? » se trouve dans le fait de connaître son véritable esprit. S’il en est ainsi, l’esprit est-il dans le corps, hors du corps ou les deux ? Sa couleur est-elle bleue, jaune, rouge ? Et sa forme, est-elle celle d’un cercle, d’un carré, d’un triangle ? L’esprit a-t-il la taille du corps ou celle de l’espace ?

 

Le Dainichi-kyō répond à ces interrogations en affirmant que l’esprit n’est pas une entité du monde phénoménal, il est hors de portée.

Au sens commun, le corps se développe et vieillit. En réalité, ce corps a été complètement régénéré avec le métabolisme. Mais l’esprit lui est constant, permanent. Il garde la mémoire de faits remontant aussi bien à quelques années qu’à quelques dizaines d’années. Il ne se régénère pas.

直住月住 Jikijū Gakkū : résider dans le sanctuaire lunaire

 

Kūkai souligne que dans un commentaire du grand Sūtra Dainichi-kyō, il est écrit  : « Le Mikkyō est la voie de la résidence dans le sanctuaire lunaire ».

Le sanctuaire lunaire de Satori (l’éveil) ne se trouve pas en un lointain horizon. Il est en réalité juste à nos pieds.

 

Si l’on tourne son regard vers la lune, on aperçoit les nuages qui maquent sa lumière. Il en va de même avec les passions. Mais lorsqu’on réalise que l’on réside directement dans le sanctuaire lunaire, un vaste monde de liberté se manifeste. On comprend alors que les nuages confèrent à la lune sa solennité.

Le Dainichi-kyō décrit les moyens pratiques de réalisation de cet état, à travers la doctrine, la méditation Ajikan et les pratiques du Mikkyō qui forment un ensemble sophistiqué.