Commentaires du forum

Désormais, vous pouvez lui écrire
In Lieux du Mikkyô
pinceauxdenuit
30 nov. 2022
Un documentaire sur le Koyasan, vu il y a des années, m'avait averti sur l'entier sérieux de la superstition qui y règne : entre le vajra lancé depuis la Chine jusqu'à je ne sais plus quel arbre, les repas offert à Kobodaishi, et le reste. Il ne manquait que la pèredenoelisation, en attendant AlloWin et le White Each Day, pour se rendre intéressants. Entre le rire et l'indignation, on ne sait quelle attitude tenir. Nos amis les Jûzenkaï n'interdisent pas le sens critique, l'exercice normal de la raison, quand il n'y a pas de volonté d'offenser. J'avais été ému en apercevant le tombeau de Kobodaishi Kukaï, lorsque j'ai pu me rendre à l'Okunoin. Mais je l'avais été parce que je l'admirais profondément pour tous ses dons, et ce qu'il avait apporté. Je reste convaincu que sa calligraphie porte la marque d'une personne inspirée, que ses poèmes et certains textes témoignent de sa compréhension exceptionnelle de la totalité de la voie bouddhique. Il ne m'appartient pas de déterminer jusqu'à quel point il peut être considéré comme un boddhisatva ou comme un Vénérable inspiré. En tout cas il est un exemple profond et total de la Transmission telle que le propose le Mikkyô. Pourquoi cela ne suffit-il pas à la branche historique du Shingon ? On en est réduit à entretenir une relation avec Kukaï en dépit du Koyasan - les autres branches du Shingon sont-elles épargnées ? Il faut savoir que quantité de Japonais se moquent éperdument du bouddhisme à cause du clergé, et notamment, de ce genre de sacralisation-superstition. Il est clair que le Shingon et le bouddhisme en général est malade, au Japon. Il en va de même pour le Zen Rinzaï, par exemple, qui cherche à être proche du pouvoir, et dont l'influence au Komeito s'affaiblit d'autant. En comparaison, la Sokka Gakai (Nichiren) paraît plus rigoureuse. Les moines du Jodo Shinshû se moquent eux aussi du manque de réflexion qui préside parfois dans les clergés shingon et zen. Le tourisme que vous avez le courage de dénoncer ici, mérite le feu de Fudo Myôô. Plus proche de l'idéal du bodhisattva est ce saint, Benoît, qui laisse aux retraitants laïcs des monastères bénédictins (comme Solesmes, où je suis allé il y a des années), ce message : "les hôtes seront accueillis comme le Christ". Voilà la phrase qui attend le retraitant, dans sa petite chambre silencieuse et simple, lorsqu'il entre pour les jours qu'il va passer. Peut-être que la Règle de Saint-Benoît pourrait être le cadeau de Noël à offrir aux Daï et Ajaris. Ils y retrouveront peut-être, au moins partiellement, un écho aux véritables efforts de Kukaï. Il reste à prononcer "Namu henjo kongo" sans honte.
0
0
Aux sources du Shingon de Kûkai
In Histoire du Mikkyô
pinceauxdenuit
02 nov. 2022
Les articles sont nombreux et très substantiels ! Merci Taishin ! J'ai peur seulement de mettre du temps pour revenir à tel ou tel article, en tâchant de le lire correctement. D'un jour à l'autre, d'ailleurs, le même article donne lieu à une compréhension différente. Me permettez-vous de poser des questions à propos de ce texte traduit ? Au début, quand je ne connaissais rien au Shingon et au Mikkyo, je m'émerveillais devant les noms qui composent la lignée de Kukai - Amogavajra m'intéressait particulièrement (les Presses de l'Université Columbia viennent de sortir un livre sur lui, mais le prix est affolant). Mais aujourd'hui, je m'interroge : quel peut être le sens de cette lignée pour un pratiquant laïc de 2022, surtout quand il n'est ni indien, ni chinois, ni japonais ? Autant Kukai peut sembler incontournable (comme on dit) pour celui qui s'engage dans le Mikkyo, mais les autres ? ses prédécesseurs ? La relation à la lignée est-elle un simple phénomène d'appartenance et d'identité (bouddhique)? ou bien cela peut-il avoir un rapport avec l'authenticité de notre progression personnelle en tant que pratiquant ? Faut-il nécessairement passer par Vajrabodhi, Nagabodhi et les autres pour se sentir relié à Daïnichi Nyorai (et voir une relation entre le niveau humain et le supra-humain, le cosmique) ? Ensuite, se sentir relié à une lignée doit prendre un sens particulier lorsque l'on est attaché à l'enseignement, aux propositions de Jiun Sonja. Il nous faut alors penser la lignée en termes qui ne soient pas exclusifs, mais associatifs (je n'ose pas dire "inclusifs", terme tellement à la mode). On peut peut-être, à la limite, imaginer un Mandala de lignées, et voir dans une lignée un fil de l'énergie cosmique ? Pardon pour le nombre de questions... ! et merci pour cette traduction !
0
0
"Pourquoi nous sommes liés par des enseignements auxquels nous ne croyons pas ?"
In Comprendre le Bouddhisme
pinceauxdenuit
22 oct. 2022
Merci de cet article éclairant sur l'état du bouddhisme au Japon, qui recoupe le billet sur Deshimaru Taizen. Me permettez-vous quelques réflexions un peu spontanées, lancées comme des hypothèses ? Ce témoignage montre à l'évidence le résultat catastrophique du système "Danka" instauré par les Tokugawa, abandonné sous Meiji, mais dont le poids demeure. Sans porter de jugement définitif, on voit que de nombreux Japonais ont une approche culturaliste, ritualiste, presque confucéenne du bouddhisme. Quand il m'arrive d'aller dans le Tohoku (la dernière fois, en 2019), j'observe ces rythmes anciens, qui s'affirment notamment dans la période d'O-Bon, et cela n'est pas rien. Les affiliations à des temples invitent à des formes de piété de la part des habitants de la campagne et des petites villes - allez savoir ce qui se passe dans leur cœur. La piété simple (ou des simples) a toujours existé. Mais la persistance du système Danka dans la société japonaise a pour conséquence de stratifier et figer la diffusion ou la maintenance du vrai Dharma. Il faudrait qu'une personne sache décrire loyalement et sans esprit d'offense la situation des bouddhismes japonais aujourd'hui. Mais du côté de la France, il n'est pas sûr que le bouddhisme parvienne à se transmettre à long ou moyen terme - en quoi l'article d'Hideo Usui peut sembler optimiste. La majorité des Bouddhistes sont originaires de l'Asie de l'Est. Les Français de la génération "Deshimaru" parviennent-ils à assurer la relève ? Qu'en est-il de la vitalité des centres Zen ? Des ouvrages de 1999 et 2004 faisaient état de chiffres plus ou moins triomphants quant au nombre de pratiquants et de sympathisants ; ces chiffres seraient à mon avis très différents aujourd'hui; c'est sans doute pour cela que personne n'ose plus entreprendre de nouvelles statistiques. Quant au Mikkyô et au Shingon, nous sommes bien placés pour constater les difficultés d'une implantation en France et en Europe, surtout en période de Covid : il faut accepter cette condition comme une donnée de notre chemin, et ne pas s'en inquiéter excessivement, comme s'il s'agissait d'un mouvement politique ou d'un centre de recrutement. Mais il me semble que les responsables du bouddhisme en France pourraient davantage prendre la mesure de ce qui se passe dans les esprits, les mentalités, les tendances d'aujourd'hui. Tout n'y est pas négatif : comme professeur dans un lycée 'moyen', avec plus de 2000 élèves, je vois de nombreux jeunes murmurer ou bafouiller des aspirations diverses, parfois contradictoires, qui, pour les unes, respirent le subjectivisme à plein nez, les autres, une forme d'altruisme et de méfiance pour la chosification de l'être humain, ces deux formes s'entrecroisant souvent. On rencontre de jeunes musulmans pieux et sincères, et d'autres, qui y mettent une avidité identitaire susceptible de violence, ne serait-ce que verbale. Les jeunes chrétiens ont tendance à vivre cachés. Il y a souvent dans la jeunesse une méfiance radicale envers les institutions, quelles qu'elles soient (les organisations collectives, tout ce qui donne lieu à un pouvoir politique et social). Il s'agit d'un nouveau "donatisme". Une évolution comparable se lit dans la jeunesse japonaise : refus de l'engagement public, méfiance envers les partis politiques, les syndicats, l'Etat, l'organisation du travail, l'argent. Retrait dans la sphère privée, voire individuelle. Idéal de la subsistance ou de la survie dans un monde figé, sans âme, et sans unité. Tant que nous n'aurons pas analysé l'individu contemporain (pour employer une expression qui relève de l'anthropologie ou de la sociologie), de façon approfondie, nourrie d'une solide information et d'interprétations pertinentes, il sera difficile de présager la possibilité d'un partage. Le christianisme connaît lui aussi une forme de cristallisation, parfois de rigidification, en raison sans doute de ses problèmes internes, mais aussi de l'hostilité parfois violente qu'il rencontre, alors que son pouvoir social se marginalise. On parle beaucoup actuellement de la souffrance des prêtres, isolés, non entendus de leur hiérarchie, en butte à des rigidités et à l'épuisement quotidien. Les attaques contre le bouddhisme se multiplient également : après le livre de Marion Dapsance, un documentaire d'Arte vient de s'attaquer au bouddhisme tibétain (les dérives, les abus, les escroqueries ne sont pas inventées), et il existe une presse carrément hostile à l'existence du bouddhisme en France, comme la Revue des Deux Mondes (à mon grand regret, car j'y connais quelqu'un). Face à ces inconnues, dont ne dépend pas la beauté de notre route, il n'y pas d'autre manière d'agir que de prier pour le bonheur de tous sans distinction, et de pratiquer autant que notre lucidité et notre force le permettent.
1
0
Merci passions !
In Réflexions
pinceauxdenuit
14 sept. 2022
Merci de ce partage intéressant et peut-être problématique. Il est vrai qu'en rupture sur ce point avec le bouddhisme 'primitif', le Mikkyô fait du désir un moteur de recherche...ou de dépassement. Grâce à lui, tout le monde peut balayer devant sa porte... Cela dit, je m'interroge sur ces "désirs" et "passions". Les enseignements n'étant pas séparés, il est clair que le désir qui (par exemple) m'emporte, me prend, me saisit, me fait éventuellement avancer, peut aussi me faire chuter, et m'entraîner à faire du mal à autrui. On ne saurait dire que l'avidité et la colère conduisent au satori, ni à une véritable progression ; ou bien, comme le dit le texte, il faut contrôler de telles passions. Cela paraît plus exact que l'enseignement du petit véhicule, selon lequel il conviendrait de supprimer les désirs, ou de mener contre eux un combat, une ascèse mortificatrice qui finirait par détruire notre énergie propre et fondamentale. C'est là où Krishnamurti rejoint le Mikkyô. En anglais, il dit : "desire is a fact". Et il insiste sur le mot "fact", car il sait trop bien que ce désir, il est indéracinable. On ne peut supprimer tout désir, et l'on ne peut faire de nous un animal non désirant (je ne parle pas ici de ceux qui ont atteint l'éveil authentique et parfait ; ils n'ont pas détruit leurs désirs ; ils ne sont plus "eux" mais Bouddha). Il semble donc que le "désir" selon le Mikkyô demeure à comprendre pleinement. Il aurait en lui une porte sur laquelle il faudrait insister. Il faudrait concevoir le désir comme possédant cette porte, au lieu d'utiliser les autres définitions du désir. Il y a là quelque chose (si j'ai bien compris) de très intéressant et de très 'nouveau', qui pousse à concevoir le désir non pas comme manifestation de l'ego, mais comme un "fait" qui possède certaines clés, dont nous n'avons pas toujours conscience, loin de là. Désir et passion sont-ils alors des "révélateurs" ? Cependant, le texte dit : "Le désir est une force qui peut pousser les gens à s'améliorer. Certes, l’avidité nous fait souffrir. Mais l’énergie de la cupidité nous pousse aussi à dépasser la souffrance. En fin de compte, c’est en quelque sorte grâce aux désirs et à l’attachement (c'est-à-dire grâce aux passions) que les gens grandissent." Sur ce point, j'avoue être plus réservé. La cupidité fait avancer sur le plan mondain, peut-être, mais elle enferme, nourrit des illusions sur soi, et elle éloigne de la première des Paramita. Des tas de gens s'usent dans la cupidité et dans l'intérêt égoïste. Par rapport à la souffrance, la cupidité ne semble pas un recours favorable, puisqu'elle témoigne elle-même d'une forme de souffrance, d'insatisfaction, et finalement, d'un manque d'être. L'énergie de l'avidité peut conduire à trouver de nouvelles compétences, à se dépasser, mais toujours sur un plan mondain, et foncièrement égotique. En revanche, l'énergie de la cupidité et de l'avidité peut être convertie et distribuée autrement si l'on "apprend à voir" en soi. Et la première chose à voir, consiste à mesurer si la passion qui s'empare de nous fait souffrir autrui ou non; ensuite, nous pouvons réfléchir à ce que nous faisons de l'énergie (souffrante ?) qui est au cœur de cette passion.
0
1
Ce que le Hannyashingyô enseigne (1re partie)
In Comprendre le Bouddhisme
pinceauxdenuit
26 août 2022
Merci Taishin pour ce texte très intéressant et très riche. Pour ceux qui n'ont pas encore eu d'éclairage sur "Gyatei" (fin de Hannyashingyô), il doit y avoir là comme une surprise. Au début des séances, vous aviez déjà abordé ce point, mais le texte du Révérend ODA apporte un éclairage certain sur ce que l'on peut expérimenter soi-même à ce moment de Hannyashingyô. Le passage sur "Mu" et "Ku" me paraît fondamental. "Ku" renvoie à ce qui est "égal" et "infini". Je me suis arrêté sur le paragraphe concernant la forme, notamment sur l'extrait : "l'esprit apparaît également dans la forme, et la forme est la manifestation de l'esprit sans forme". Cela mériterait une explication, la formule étant hyper concentrée et comme paradoxale d'un point de vue rhétorique. Le dernier paragraphe ("Vous avez entendu parler...") est très intéressant en ce qu'il montre la tendance occidentale à confondre "Ku" et "Mu". Cela confirme le vieux contresens dix-neuvièmiste à propos du lien prêté au bouddhisme avec le nihilisme ; l'idée de mouvement dans "Ku" est ignorée (à l'inverse, ce passage confirme qu'il y a une dimension temporelle dans "Ku" - je ne dis surtout pas "temporaire"- dans la mesure où ce quelque chose qu'il n'y a pas, peut ensuite recevoir une forme, matière ou couleur, de la même façon que la page blanche peut recevoir le pinceau d'un calligraphe pour former un beau Kanji). La dernière phrase ("il doit y avoir une fonction invisible derrière la forme qui fait de la forme ce qu'elle est") est intéressante du fait que le bouddhisme n'est pas créationniste, et que cette expression renvoie peut-être à ce que l'on nomme "énergie", ou "Aji", ou que l'on ne nomme pas. ODA père et fils sont doués d'une véritable continuité ! (Merci encore d'avoir traduit ce très bon texte).
1
0
Je sollicite l'avis des membres du GEM
In Réflexions
pinceauxdenuit
09 août 2022
Cher Taishin, Chers Amis, Je réponds à votre invitation, avec retard, sans chercher à rien corriger dans ce que Kokuzo a bien voulu écrire. Il est vrai que guider un groupe, se mettre d’accord sur certains aspects du « partage » paraît important. Pour ma part, j’ai le sentiment d’avoir fait un mauvais usage, ponctuellement, du billet dont vous avez parlé. Ce n’est pas que je prenne tout texte pour une prescription impérative, ni une admonestation, mais j’ai probablement amplifié la portée du texte, et en ai vu le contenu comme une vérité pure et simple à laquelle je devais me conformer – instaurant du même coup un joli dualisme. Il me faut donc lire les textes avec plus de détachement et de légèreté, et savoir ‘laisser reposer’ un texte lu. Les uns et les autres avons probablement des cheminements différents à l’intérieur de la même voie, des personnalités diverses, encore que l’essentiel nous réunisse. En aucun cas je ne voudrais être censeur de quoi que ce soit : Taishin sait mieux que nous ce qu’il conviendrait d’aborder. Bien sûr, aborder des textes qui culbutent nos « convictions » est un exercice sain. Une vision large du Mikkyô, comme celle que vous avez abordée au cours de ces dernières années, constitue un enrichissement formidable, unique en France (et en Suisse). N’attendre que ce que l’on croit connaître déjà constitue un renoncement. En même temps, à titre strictement personnel, je ne voudrais pas perdre pour autant le fil de Kūkai, qui me reste encore très largement inconnu. L’idée du « Mikkyô » authentique et correct, envisagée par le Révérend Oda, semble aussi utile au groupe, ce qui n’induit aucune restriction dans le champ des connaissances. Le billet sur le Shomyo m’a intéressé, mais il faudrait apprendre les kanji en question avant de pouvoir apprendre ce type de chant. Une étude ponctuelle du Kegon pourrait être intéressante (on pourrait le faire sous forme de travail par chacun, puis de mise au point par l’instructeur, si cette formule lui convient). En somme, je rejoins largement Kokuzo, comme cela doit s’attendre de Monju. Ensuite, vous avez la bonté de nous demander si nous serons « en mesure de faire de nos huit séances autre chose que des Podcast, et de mettre en pratique les enseignements profonds du Hannyashingyô »? Bien sûr, je ne parlerai ici que pour mon cas. Depuis que nous l’étudions, je ne le dis/psalmodie plus comme avant. J’en sens davantage la signification générale, mais la mise en pratique profonde, telle que vous la décrivez, demeure extrêmement difficile au quotidien, notamment parce que j’ai une tendance à revenir à un tiraillement schizophrénique et à alourdir les choses. Alors que Hannyashingyô à l’intérieur de la pratique de Kaji s’est enrichi des séances abordées, je constate qu’au quotidien des « avertisseurs automatiques » apparaissent régulièrement (à propos de Kū, de ce qui a été dit récemment sur « Voir », « il n’y a rien à connaître, à obtenir »), mais il faut que je me contrôle pour tenter de repousser les assauts de l’ego, de la passion et des maladies mentales, qui tendent à déformer le sens des enseignements. Par moments, je m’aperçois comme « quelqu’un qui n’est même pas bouddhiste », qui est « là », mais relié. Mais je suis probablement encore loin de la pratique des « enseignements profonds » que vous décrivez : ce n’est pas la faute de l’instructeur, ni des séances, cela tient peut-être au temps très lent qu’il me faut pour avancer d’un iota. Pourquoi fournissez-vous un tel travail pour obtenir un aveu aussi honteux concernant ce iota ? je n’en reviens pas de mon embarras, et trouve là un nouveau motif à un seppuku bien senti. Veuillez excuser la longueur de cette réponse et accepter mes remerciements pour le souci que vous vous donnez pour nous tous, quels que soient nos échecs et nos petites avancées ! Monju (Jr).
0
1
Le Vénérable Jiun (1)
In Figures du Bouddhisme
pinceauxdenuit
15 juin 2022
Merci, Taishin, de cette traduction et de cette transcription de l'entretien donné par Koganemaru Sensei. Le personnage de Jiun est intéressant et impressionnant, parce qu'il a su se faire son chemin sans transformer en murs les différences entre les différentes écoles. (Et Koganemaru Sensei paraît lui-même approuver cette attitude profondément religieuse). On voit que ses fidélités sont concomitantes plutôt que successives, et qu'il s'agit d'un développement, non pas d'un papillonnement. Ensuite, ce qui me frappe ici, c'est la centralité des Jûzenkai dans sa pensée : cela montre bien à quel point il ne s'agit pas de simples règles, ou d'une discipline qui n'aurait pas à voir avec notre cheminement profond. Mais cela donne surtout envie d'en savoir plus sur la pensée de Jiun à propos de ces "Dix préceptes de bien". Enfin, il est frappant de voir comme le milieu qu'il a connu a pu l'aider : ses parents, d'abord, qui l'ont soutenu et éclairé ; au-delà, la société dans laquelle il a vécu était encore porteuse de l'élément religieux. En comparaison, nous sommes moins gâtés, et ressemblons à peu près à des fous (de très rares fous), notamment ceux qui parmi nous habitent en France. Nous avons moins de risques de pécher par conformisme, c'est une consolation. A la fin, vous avez prêté à Jiun Sonja une longévité telle qu'on en trouve dans les soutras : 1884 pour 1804 : n'hésitons pas à l'arrêter à 1984 si cela peut nous aider à nous rapprocher de son message et de son exemple.
0
0
Caramba, encore rrraté !
In Pratique du Mikkyô
pinceauxdenuit
30 déc. 2021
Merci Taishin pour ce beau rappel et ce témoignage. Sans rien ajouter (comment oserais-je?!), je voudrais témoigner d'une réflexion que je mène parfois avec une classe en quelques minutes. J'évoque d'abord le nombre presque effrayant de "morales" qui ont été énoncées depuis...les Grecs : stoïcisme, épicurisme, morale chrétienne, morales ou éthiques 'modernes', etc. Et pourtant que de crimes, d'horreurs, de barbaries en ce bas monde. Alors je demande à mes élèves : comment expliquez-vous le décalage entre les morales énoncées et les morales vécues ? En général ils ne font que subodorer le problème, le constater amèrement. Le résultat de cette question pourrait être que les morales sont bien vaines, totalement impuissantes face à l'énormité du mal qui est en nous (certains penseurs n'hésitent pas à naturaliser le mal, c'est-à-dire à l'inscrire dans l'ADN de l'homme ; au fond, le 'péché d'origine' des chrétiens met le doigt sur la faillibilité humaine). Le Vautrin de Balzac va encore plus loin : puisque le mal est partout, eh bien pratiquons-le ! C'est la morale des escrocs, qui commence par projeter le mal sur les autres afin de justifier celui qu'ils ont envie de commettre. Les morales énoncées sont toujours parfaites par définition (ou en tout cas, dignes d'intérêt, et souvent dignes d'être suivies). L'Ethique de Nicomaque d'Aristote est une pure merveille ; les fables de La Fontaine nous éduquent depuis le XVIIe siècle ; Montaigne nous enseigne la prudence et un scepticisme conçu comme un chemin de vérité et de bienveillance, etc. Tandis que les morales pratiquées sont (et là, je reprends une expression de vous, sans d'ailleurs vous avoir encore réglé les droits d'auteur que je vous dois, cher Taishin), des "batailles perdues". Le Grec qui avait entendu Aristote a tiré la langue à son voisin, le courtisan qui a bien ri avec "Les obsèques de la lionne" est passé devant un autre pour être aperçu du Roi, et quant à ce prudent professeur d'Université, qui a lu quinze fois les "Essais", ses infidélités meurtrissent son épouse éplorée. Dans l'expérience de la vie, nous sommes "jetés" (comme le dit cette fois Pascal) dans le monde, sa confusion, ses épreuves, son conditionnement, et, outre la pression qui s'exerce tout au long de notre route, nous sommes toujours tentés de flatter notre ego, de construire de petits châteaux, de tout ramener à nous, de traiter l'être en avoir, etc. Les morales énoncées, en vérité, ne sont rien : ce sont des beautés ou des bontés figées. Les Jûzenkai font partie de ces "batailles perdues", mais qui valent la peine d'être menées et reconduites autant que possible. Péguy ironisait à propos de la sévère morale de Kant : sa morale est parfaite, ses mains sont propres, mais il n'a pas de mains, parce qu'elle la morale kantienne se fige dans une exigence conceptuelle, c'est-à-dire, dans l'abstraction. Mais là où le chrétien parle d'incarnation et de salut, nous parlons de Karma, en effet. Pour terminer, un peu de publicité : dans l'office de Kaji, on répète les dix Jûzenkai, ou plutôt, on les psalmodie (des fois que dans la journée, on les oublie !). Oserais-je comparer les Jûzenkai aux lianes de Tarzan ? Nous vivons en pleine jungle (et en plein Mappô, mais ça, c'est encore un autre sujet), et nous trouvons là des préceptes qui sont destinés à nous aider. Ils n'ont pas la froideur des morales athées, c'est-à-dire, qui excluent la spiritualité et l'horizon sotériologique. L'office de Kaji leur donne une place, mais à l'intérieur d'un dessein plus vaste. (Pardon mon excès de références !). Monju Jr.
0
0